Qu’est-ce que la zoopharmacognosie appliquée ?

Ne vous laissez pas impressionné par ce terme un peu barbare et venez découvrir ce concept d'automédication des animaux à travers cet article. Je vous explique ce que c'est et comment nous pouvons l'appliquer à nos animaux domestiques. Je vous raconterais aussi ma propre expérience en zoopharmacognosie avec Tuco en acteur principal !


Origine de la zoopharmacognosie

Le terme zoopharmacognosie vient du grec ancien "zoo" qui signifie animal, "pharmaco" qui signifie remède et "gnosie" qui signifie savoir. Il s’agit donc de l’automédication des animaux dans la nature.

Lorsque les animaux sauvages sont malades, ils vont d’eux-mêmes chercher des plantes, des argiles ou des algues pour se soigner. Ce sont des éléments qui ne font pas partis de leur alimentation habituelle et vers lesquels ils ne se tournent que lorsqu’ils sont malades. Cela proviendrait de l’instinct de survie. Ils ont une capacité innée pour reconnaître les plantes qui leur seraient bénéfiques ou non à l’instant T.


Caroline Ingraham a fondé la zoopharmacognosie appliquée pour utiliser le principe de l’automédication pour les chiens, les chats, les chevaux et tous les animaux qui ont pu être domestiqués. Elle travaille également avec les animaux de zoo ou de refuge (félins, primates…). En résumé, avec tous les animaux privés d’une vie libre et sauvage !


Quelle application pour les animaux domestiques ?

Selon ses observations et celles d’autres chercheurs, les animaux en captivité ou ceux qui ont été domestiqués (même depuis des milliers d’années) n’ont pas perdu cette capacité à l'automédication. Elle explique que leur capacité à reconnaître les plantes contenant des métabolites qui sont bonnes pour eux est lié à leur instinct de survie. Par conséquent, pour perdre cette aptitude, il faudrait qu’ils perdent leur instinct de survie ce qui est loin d’être le cas.


La seule différence entre les animaux sauvages et les animaux domestiques, c’est que ces derniers n’ont pas accès libre dans leur environnement aux plantes qui pourraient les soigner. C’est donc à l’humain de leur proposer, et non de leur imposer. C’est là un élément fondamental de la zoopharmacognosie (et ce qui m’a séduite personnellement d’ailleurs) sur lequel je reviendrai.



Pourquoi les animaux domestiques s’empoisonnent ?

Lorsque l’on comprend les observations de Caroline, il est légitime de se demander pourquoi chaque année il y a des animaux domestiques qui s’empoisonnent.


En réalité, lorsqu’on étudie les chiffres de plus près, le nombre de décès par les plantes est très faible. La plupart des empoisonnements se produisent par ingestion de produits de synthèse. Ces produits ne sont pas naturels et ne font pas partis de l’ADN de l’animal, il est donc incapable de les reconnaître comme toxiques.


Pour les empoisonnements par les plantes, la plupart ont lieu soit avec des plantes tropicales (donc qui ne font pas parties de l’ADN initiale du chien) soit avec des plantes dont le goût et l’odeur est masqué par des substances apétantes pour le chien.


Prenons l’exemple du chocolat. De nombreux chiens chaque année s’intoxiquent avec le chocolat en ne reconnaissant pas la présence de théobromine qui peut leur être fatal. En réalité, c’est parce que cette substance est masquée par le gras et le sucre contenus dans le chocolat.


Cela fait partie des raisons pour lesquelles, selon les principes de la zoopharmacognosie, il ne faut jamais proposer un remède dans la gamelle de nourriture de l’animal. Ce dernier peut ne pas le sentir (et c’est souvent le but recherché par les propriétaires d’ailleurs) et il le mangera alors qu’il n’en a peut-être pas besoin. Je pense notamment aux rajouts de compléments alimentaires ou de plantes dans les rations (spiruline, levure de bière, poudre d’ortie…)


Comment se déroule une séance de zoopharmacognosie appliquée ?

Je n’ai assisté qu’à la formation pour les chiens alors je ne vais parler que de cette espèce.

Les différents remèdes proposés

Lors d’une séance, nous allons présenter à l’animal différents remèdes. En général, ce sont des poudres de plantes ou d’algues qui sont présentées en premier. Il y a des poudres que l’on peut présenter de manière systématique car elles conviennent au plus grand nombre. D’autres ne sont proposées que si l’on pense qu’elles peuvent être bénéfiques pour l’animal en fonction de ses pathologies annoncées.



Dans tous les cas, on ne propose JAMAIS au chien quelque chose qui pourrait être dangereux pour lui. Par exemple, les poudres peuvent parfois être mélangées à un peu d’huile végétale (préalablement choisie par l’animal), mais on ne le fera que si on est sûrs qu’il n’y a pas de problème au niveau du pancréas !


Une fois que le chien a fait sa sélection parmi les poudres, nous lui proposons des huiles essentielles ou des extraits CO2. D’abord en inhalation et en fonction de la réponse, elles peuvent ensuite être appliquées en topic ou pourquoi pas ingérées.


Enfin, les eaux florales font aussi parties de ce qui peut être présenté.


Déroulement

La séance doit se dérouler dans un endroit calme, aéré, avec la possibilité pour l’animal de partir (pas d’attache et pas d’endroit exigu).

On invite le chien à venir vers les poudres préalablement disposées au sol dans des gamelles individuelles. On observe son comportement, prend-il les poudres ? Si oui, lesquelles ? Il choisit lui-même ce qu’il veut et en quelle quantité.


Les poudres choisies par le chien nous donnent alors des indications pour savoir quelles huiles essentielles lui proposer. On invite le chien à venir sentir le flacon et on observe sa réaction. L’analyse du comportement du chien est capitale pour savoir s’il accepte ou non cette huile. Chaque chien est différent et ils n’ont pas tous le même « non » ni le même « oui ». Je ne vais pas détailler tous les signes dans cet article qui a simplement pour fonction de vous faire découvrir la zoopharmacognosie appliquée. Si vous souhaitez en savoir plus vous pouvez faire une séance ou participer à un stage (liens en fin d’article).


La plupart du temps, lorsqu’un chien accepte une huile il va se coucher ou s'assoir, mais la position et la distance peuvent être différente. En réalité, le chien dose ce dont il a besoin. Il peut se mettre complètement face à la bouteille ou tourner un peu la tête pour que ce soit moins fort par exemple. Il peut rester deux minutes ou une heure… Tout cela contribue au dosage du produit et il est important de le laisser faire.


Ici Djembe est assez loin du flacon mais il travaille quand même avec l'huile

Lorsque l’on détecte un gros « oui » avec une huile essentielle, il est possible de lui proposer en application topic sur la peau afin qu’il puisse prendre sa dose plus rapidement et plus efficacement. On commence en général par lui proposer une application au niveau de l’artère fémorale, mais parfois le chien montrera de lui-même l’endroit où il souhaite l’application.

Encore une fois, aucun risque n’est pris et il faut connaître les contre-indications de certaines huiles essentielles car elles ne peuvent pas toutes être appliquées en topic.


Djembe a lui-même levé la patte pour signifier à son humaine qu'il est d'accord pour une application topic

Parfois c’est le chien lui-même qui viendra lécher la bouteille. Dans ce cas, il y a aussi des précautions à prendre et je vous mets en garde, il faut un minimum de connaissances sur le sujet.


Plusieurs huiles essentielles différentes peuvent être proposées au cours d’une séance en laissant chaque fois le chien prendre le temps d’analyser la situation. Une séance peut donc être très longue (entre deux et trois heures).

Souvent le chien finit par s’endormir, il lâche complètement prise et profite du moment de détente qui lui a été accordé. Il est souvent très serein car ses maux se sont atténués au moins en partie. Lorsqu’il se réveille, il est possible de lui proposer des eaux florales pour clore la séance.


Pour quel chien ou quel chat ?

Evidement, si votre animal souffre d'une pathologie cela ne peut être que bénéfique. Mais votre animal n’a pas besoin d’être malade pour lui proposer une séance de zoophamacognosie appliquée.


Comme nous, les animaux peuvent avoir des maux qui provoquent de l’inconfort sans que cela ne soit visible extérieurement. Je pense notamment aux céphalées ou aux douleurs musculaires ou articulaires. Parfois nous avons mal à la tête et nous continuons notre vie comme si de rien n’était… Pour eux c’est la même chose. Il faut savoir que de nombreux troubles du comportement peuvent à la base provenir d’une douleur invisible…